Deux jours de boulot, qu’ils disaient : chronique d’un lancement dans la canicule

J’avais décidé de le montrer au monde. Belle résolution. Sauf que « montrer au monde » un logiciel, ce n’est pas appuyer sur un bouton « Publier » et aller se resservir un café. C’est un parcours du combattant. Et le combattant, en l’occurrence, n’avait aucune expérience du terrain.

Première montagne : par où on distribue ce truc ?

La toute première question, c’était : comment les gens vont-ils installer Le Grimoire ? Un fichier à télécharger sur mon site ? Un passage par le Microsoft Store ?

J’ai choisi le Store. Et pas seulement pour la façade rassurante, même si elle compte : voir un logiciel disponible sur le Store officiel, ça inspire confiance, ça rassure sur la sécurité. Mais il y avait un deuxième bénéfice, plus malin.

Si j’avais distribué mon installateur en direct, j’aurais dû acheter un certificat de signature de code. Sauf que voilà le piège que peu de gens connaissent : même avec un certificat, même le plus cher, Windows affiche désormais un gros avertissement de sécurité tant que votre logiciel n’a pas bâti sa « réputation ». Et cette réputation se construit à coups de centaines de téléchargements, sur plusieurs semaines. Autrement dit, au lancement, quand personne ne me connaît, mes tout premiers utilisateurs, les plus précieux, auraient eu droit à un beau panneau rouge « Windows a protégé votre PC ». De quoi faire fuir n’importe qui de sensé.

Le Store règle ça d’un coup : Microsoft re-signe l’application, elle hérite d’une réputation complète, et l’utilisateur ne voit jamais le moindre avertissement. Double bénéfice, donc : je rassure, et j’évite à la fois le coût du certificat et l’écran qui fait fuir. Une décision que je ne regrette pas une seconde.

Deuxième montagne : le logiciel qui marche chez moi

Vient ensuite le fameux « mais ça marche sur ma machine ». Grand classique.

Passer d’un logiciel qui tourne gentiment dans mon environnement de développement à une vraie application empaquetée, prête à être installée chez n’importe qui, c’est un autre monde. Sans entrer dans le jargon : des tas de chemins de fichiers qui fonctionnaient en mode développement ne fonctionnaient plus une fois l’application empaquetée. Beaucoup, beaucoup de choses à revoir, une par une.

Et comme il fallait bien gérer les licences de tout ce petit monde, direction la location d’un serveur chez OVH, à configurer, sécuriser, entretenir. Encore une couche. Encore un truc à apprendre sur le tas.

Troisième montagne : les bugs qui sortent du bois

Mais le vrai piège, le sournois, c’est celui-là.

Pendant toute la phase de développement, on ajoute des fonctionnalités par-dessus les fonctionnalités. Et à chaque couche, on sème sans le savoir des petits bugs discrets, invisibles, qui dorment tranquillement parce qu’on ne passe jamais exactement par le bon enchaînement pour les réveiller.

Puis arrive le moment de finaliser. On teste tout, méthodiquement, comme le ferait un vrai utilisateur. Et là, ils se réveillent tous en même temps. Un par un, puis par grappes. Un bug corrigé en révèle deux autres. On croit voir le bout, et le tunnel s’allonge. C’était sans fin.

L’épopée de la canicule

Le plus beau dans tout ça, c’est le timing.

J’avais posé deux semaines de vacances, confiant comme un idiot, persuadé de boucler tout ça en deux petits jours. Deux jours. J’en souris encore.

Ces deux semaines n’ont pas suffi. J’ai enchaîné les journées de six heures du matin à onze heures du soir, carburant à des litres de café. Le tout en pleine canicule de juin, sans climatisation, à fondre lentement devant mon écran pendant que mon ordinateur, lui aussi, luttait pour ne pas surchauffer. On était deux à transpirer, la machine et moi.

Et pendant que je livrais cette guerre de tranchées contre mes propres bugs, un autre front s’éternisait : le prestataire de paiement mettait des semaines à valider mon dossier. Impossible d’ouvrir la boutique tant que ce n’était pas bouclé. Rien de tel qu’une validation administrative interminable pour vous rappeler que, non, vous ne maîtrisez pas tout.

Heureusement, je n’étais pas seul dans la tranchée. Claude Code, mon copilote de la première heure, était là à chaque build, chaque correction, chaque « attends, pourquoi ça plante maintenant ? ». Multiplier les compilations, traquer les erreurs, recommencer. Encore. Et encore.

Le moment béni

Et puis un jour, ça arrive. Ce moment presque irréel.

On teste, on reteste, on clique partout comme un forcené. L’interface répond. Rien ne plante. Rien ne bloque. On reste un instant devant l’écran, méfiant, à guetter le prochain crash qui ne vient pas.

C’est là que je me suis dit ma petite phrase, celle qui résume assez bien ma philosophie : s’il reste un bug quelque part… alors ce n’est plus un bug, c’est une fonctionnalité.

Haha.

Bon, j’avoue, dans le doute, je continue quand même à les corriger.


Le Grimoire était en ligne. Disponible. Réel. J’aurais dû exploser de joie, sabrer le champagne. Sauf qu’une toute nouvelle angoisse, sournoise, pointait déjà le bout de son nez. Parce qu’avoir un logiciel, c’est une chose. Que quelqu’un le sache, c’en est une autre. Mais ça, ce sera pour le dernier épisode.

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