Comment mon petit outil personnel est devenu un monstre (et pourquoi je culpabilisais)

Dans l’épisode précédent, je m’asseyais devant un projet vide, mon copilote Claude Code à mes côtés, sans la moindre idée de ce dans quoi je mettais les pieds. Quelques mois plus tard, je le savais. Mon petit outil personnel avait grandi. Beaucoup. Trop, diraient certains.

Voici comment on passe d’un gestionnaire de fiches à un monstre.

Le début raisonnable

Au départ, l’ambition était modeste. Je voulais recopier ce que Scrivener faisait bien : une structure en arbre pour organiser mon roman, et un éditeur de texte pour écrire. Le socle, quoi. Rien de fou.

Et pendant environ cinq minutes, je suis resté raisonnable.

Le grain de folie : et si l’IA lisait pour moi ?

Le problème, c’est que j’aime l’intelligence artificielle. Je suis un utilisateur de SillyTavern, j’adore discuter avec des personnages, jouer avec les personas, voir ce que ces modèles ont dans le ventre. Alors forcément, une petite voix m’a soufflé : « et si tu ajoutais une couche d’IA ? »

Mais tout de suite, une règle s’est imposée à moi, non négociable. L’IA, dans mon outil, ne devait jamais écrire à ma place. Jamais. Pas une phrase de prose. Elle serait là pour assister, pas pour remplacer. Ma plume reste la mienne. C’était une évidence, presque un principe moral, et sans le savoir j’étais en train de poser la pierre angulaire de tout ce qui allait suivre.

Restait à trouver ce qu’elle ferait d’utile, cette IA, si elle n’écrivait pas.

Et là, ma nature a repris le dessus. Parce qu’il faut que je vous avoue quelque chose : comme beaucoup d’informaticiens, je suis un fainéant. Un fainéant efficace, ce qui n’est pas la même chose. J’aime que les choses soient bien pensées pour ne pas avoir à me prendre la tête plus tard. Je cherche toujours la méthode qui me fera gagner du temps sur le long terme, quitte à en investir beaucoup au début.

Bill Gates aurait résumé ça mieux que moi :

Je choisis une personne paresseuse pour faire un travail difficile. Parce qu’une personne paresseuse trouvera un moyen facile de le faire.

Bill Gates

Alors j’ai eu mon idée de fainéant génial. Tout est déjà dans mon texte, non ? Les personnages, les lieux, les événements, tout est là, écrit noir sur blanc. Et si, en un seul clic, l’IA lisait mon manuscrit et me générait automatiquement les fiches de personnages, les fiches de lieux, les événements, le lorebook ? Et si je pouvais même discuter avec mes propres personnages, pour tester leur cohérence ?

Le vrai défi, celui qui m’a tenu éveillé, c’était de faire en sorte qu’une seule analyse de mon texte nourrisse tout le logiciel d’un coup. Pas juste une fiche par-ci. Non. Les fiches, la chronologie, les liens entre personnages, tout, alimenté par la même lecture. Un cerveau qui range toute la maison en une passe.

Et c’est là que le raisonnable a définitivement quitté le navire.

« Ah tiens, ça c’est sympa. On rajoute. »

Le problème, quand on se met à construire son propre outil, c’est qu’on n’en a jamais assez.

Vraiment jamais. Dès que je tombais sur quelque chose de chouette quelque part, la même petite phrase revenait : « pourquoi pas ? ». Un jour, complètement par hasard, je suis tombé sur un site qui proposait des chronologies en 3D. Ça m’a plu. Et vous savez quoi ? Hop, on rajoute. Une timeline en trois dimensions pour naviguer dans mes trois mille ans d’Histoire.

Puis une constellation de liens entre personnages. Puis un calendrier pour gérer le temps de mon monde imaginaire. Puis, puis, puis. Chaque fonction en appelait une autre. Mon gestionnaire de fiches s’était transformé, presque à mon insu, en une vraie usine à écrire.

J’avais toujours plein d’idées. J’en ai encore, d’ailleurs. Mais à un moment, il faut savoir dire stop. Ou du moins, apprendre à le dire, parce que je ne suis toujours pas sûr d’y arriver.

Le baptême

À force de grandir, ce truc méritait un nom. Je ne vais pas vous mentir avec une belle histoire de branding réfléchie pendant des semaines. La vérité est bien plus bête.

Ce soir-là, je regardais la série Grimm. Et voilà. Le Grimoire. C’était là, sous mes yeux, évident. Un livre de savoirs, de créatures, de mondes. Un grimoire pour ranger le mien. Le nom est resté.

Parfois, les meilleures décisions sont les plus idiotes.

Le revers de la médaille

Mais il y a une chose dont je parle moins volontiers. Pendant tous ces mois d’ivresse créative, à ajouter des fonctions et à polir mon outil jusqu’à des heures indues, une petite voix, elle, ne me lâchait pas. La culpabilité.

Parce que je n’écrivais plus.

Vous saisissez l’ironie ? J’avais commencé à construire cet outil dans un seul but : écrire mon roman. Dompter mon univers de trois mille ans, tenir mes voix, organiser mon chaos. Et voilà que l’outil censé me faire écrire m’empêchait d’écrire, en dévorant tout mon temps. Le moyen avait mangé la fin.

Mon roman dormait pendant que je codais son berceau. Aster, Raven, tous mes personnages attendaient sagement dans des fichiers, pendant que je passais mes soirées sur une timeline en 3D dont, soyons honnêtes, ils se moquaient éperdument.

C’était grisant. Et un peu douloureux. Les deux à la fois.


Il allait bien falloir que je tranche : est-ce que ce truc restait mon petit jouet personnel, ou est-ce qu’il devenait autre chose ? La réponse, et la décision qui a tout changé, ce sera pour le prochain épisode.

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